Les 2 statues de René d’Anjou

Les clichés historiques de Clic Clac Topette!

Par Pierre-Benoit.

 

Chaque automobiliste la connait. Chaque angevin aussi. Elle représente à elle seule l’identité du département et d’Angers, tant par la figure historique qu’elle évoque, que par celui qui l’a réalisée:

La statue du Roué René, sur le boulevard… du Roi René!

Pourtant, si tous pensent la connaitre, peu savent pourquoi un Roi trône ici, en plein milieu des voies. Que 13 statues y sont aussi représentées. Que ce n’est pas un rond-point, et que René est aussi l’homme qui a « bradé » sa province au Roi de France.

Et combien savent qu’il s’agit en réalité de la deuxième statue de René?

Clic Clac Topette, le petit angevin qui photographie l’histoire angevine, vous fait s’arrêter un peu plus longuement sur ce monument devenu inaccessible aux piétons.

Chronique radio de Clic Clac Topette

 

Les 13 statues du boulevard du Roi René.

La statue du Roi René d’Anjou, c’est une pièce en bronze, posée sur un socle, qui trône tout au bout du boulevard… du Roi René!

Le monument a été érigé à l’initiative du comte des Quatrebarbes, un historien de René d’Anjou, et a été inauguré le 1er juin 1853.

En y regardant de plus près, l’oeuvre n’est pas seulement un hommage au bon Roi, mais aussi à l’histoire de l’Anjou, car dans son socle sont nichées 12 autres figurines (comme des grosses fèves) qui représentent des personnages historiques de la province.

Parmi eux, figure Foulques Nerra, un de ses célèbres héritier: Henri II Plantagenet (qui a finit roi d’Angleterre) ou encore les 2 femmes de René (Isabelle de Lorraine et Jeanne de Laval) et aussi sa fille, Marguerite.

Dumnacus est également présent à la fête.

Il est la première figure importante de l’Anjou, puisque c’était le chef des Andecaves, le peuple celte qui occupait l’Anjou avant l’arrivée des Romains.

Mais revenons à René: Pourquoi est-ce lui qui occupe le devant de la scène historique angevine? D’autant plus que c’est lui qui a cédé la province au domaine royal…

Réseau du Roi René

Chateau d’Angers

 

Le Roi qui ne l’était plus.

René d’Anjou, fils de Louis II d’Anjou et de Yolande d’Aragon, vit de l’an 1409 à l’an 1480. 71 ans, une belle vie!

À l’instar d’Anne de Bretagne, le roi René est le dernier souverain à avoir gouverné l’Anjou comme province autonome. Après lui, le duché sera définitivement uni au domaine royal français.

Dans l’imaginaire collectif, il est resté la figure paternaliste des angevins. D’autant plus que son règne s’inscrit avec les prémices de la Renaissance (René-sens) qui interviennent après d’horribles, de sombres, et de très longues années de guerres et de peste noire.

Socialement, la mode est aux arts et aux loisirs. Ça tombe bien, le Roi René est un grand amoureux de lettres et de tournois festifs en tout genre!

Mais puisque que René gère le duché de l’Anjou, pourquoi l’appelle t-on « Roi »?

Simplement parce que parmi tous les titres dont il a hérité, il y avait aussi celui de Roi de Naples (entre autres).

Ce qui est drôle c’est qu’il ne l’a conservé que jusqu’en 1442…En fait, le Roi René, finit sa vie en ayant perdu une grande partie de ses titres. La politique le lassait de plus en plus, il préférait de loin les plaisirs de la vie, et les choses agréables. C’est précisément pour ses actions en faveur de l’embellissement de ses provinces que la postérité conservera l’image d’un « Bon Roi ».

Derrière la statue de René, se cache un autre angevin célèbre et apprécié pour la postérité qu’il a laissé: David d’Angers, le sculpteur de l’oeuvre.

Il est possible de déjeuner dans la maison natale du sculpteur à Angers: lepetitcomptoirangers49.fr

Ainsi que de visiter la galerie David D’Angers

 

Un sculpteur made in Anjou.

Né en 1788 (dans la rue David d’Angers) et mort en 1856 (à Paris) Pierre Jean David est la personnalité artistique contemporaine angevine ayant peut-être connu le plus de rayonnement national, et même international.

Issu de presque nulle part, son talent le propulse rapidement à Paris, et son travail devient représentatif du romantisme naissant. Il y côtoie les plus grands et les commandes s’enchainent. Il réalisera par exemple le fronton du Panthéon de Paris et le buste en bronze d’Honoré de Balzac, sur sa tombe, au Père Lachaise.

Même si le succès occupe la majeur partie de son temps, David d’Angers n’en n’oublie pas pour autant ses racines, et a toujours à cœur d’honorer l’histoire de sa patrie natale : l’Anjou.

Une de ses œuvres la plus saisissante, et angevine qu’il soit, concerne l’hommage qu’il fait en réalisant le tombeau de Bonchamps, un général royaliste lors de la Guerre de Vendée, qui aurait (selon la légende mais sans pouvoir le vérifier à coup sûr) qui aurait donc, gracié la vie de son père, fait prisonnier républicain.

Et bien sûr, pour le sujet qui nous concerne, David réalise aussi la statue du Roi René d’Anjou qui trône tout prêt de la forteresse des souverains angevins et qui fait la fierté des chauvins… Pardon des angevins! 🙂

Mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle ce monument est connu à Angers!

David aurait-il sans le vouloir été l’inventeur du premier (et pire) rond point des routes françaises?

 

David d’Angers, inventeur de rond point?

Très fréquemment, la statue du Roi René fait son apparition dans les séries de code de la route des éditions Rousseau, et même d’autres.

Non pas que les dernières réformes de l’examen aient voulu rehausser le niveau de culture générale des candidats, mais bien parce que plusieurs 10 aines, voire 100 aines de fois par jours, de violents coups de klaxons viennent perturber le repos des pigeons sur les épaules du bon Roi.

Le monument de René est un des pire rond point d’Angers et de France, il ne fait pas bon ne pas connaitre son chemin à son approche.

La raison des incompréhensions des automobilistes est simple: le carrefour du Roi René n’est PAS un rond point!

Un rond-point est un carrefour autour duquel les voitures tournent TOUTES dans le même sens, et qui sont généralement prioritaires en restant dans l’anneau.

Or là, il y a des feux qui donnent la priorité, et surtout, il y a de jolis petits panneaux bleus (ceux qui intéressent les candidats à l’examen du code) qui définissent avec une flèche blanche le sens par lequel contourner l’obstacle.

Comprendre une flèche = niveau CE1. Mais bon, les automobilistes français ne sont pas réputés pour leur intelligence de conduite… (NB: il est dit français, pas angevins, car un angevin sait conduire bien sûr).

Mais ce n’est pas tout! David d’Angers cache une autre statue du Roi René!

La statue d’Aix-en-Provence

 

La deuxième statue du Roi René.

René d’Anjou était certes duc d’Anjou, mais aussi Comte de Provence. C’est d’ailleurs là-bas qu’il vécut ses derniers jours.

Un angevin peut-être persuadé que c’est SON Roi René, mais à l’autre bout de la France, à Aix-en-Provence, les aquisextains vouent le même culte à LEUR bon Roi, et il existe sur le cours Mirabeau de leur ville, une autre statue du Roi René! Horreur!

Encore pis, elle a été inaugurée en 1823, bien avant celle d’Angers, et arrive en tête des résultats de recherches Google pour « Statue du Roi René ».

Enfonçons encore plus le clou, le sculpteur de cette oeuvre n’est autre que David D’Angers lui même…

Attention! Inutile de lui jeter la pierre, bien au contraire, car cette deuxième statue de René, n’en est en fait pas une!

En effet, dès la livraison de la commande, les aixois ont remarqué qu’il ne s’agissait pas de René, mais de Louis XII!

Pourquoi? Rien n’est sûr, sauf que des éléments décoratifs rajoutés par David, pourraient laisser penser qu’il a volontairement envoyé cette statut de Louis XII en essayant de faire penser qu’il s’agissait de René…

Manque de temps? Erreur d’envoi? Acte patriotique?

Tout est envisageable, mais ce qui est certain, c’est que cela n’empêche pas les aquisextains d’idolâtrer René avec la même ferveur que les angevins.

 

Conclusion:

Stars des clichés Instagram et des touristes, la statue du roi René, aussi méconnue que célébrée, reste pour les angevins l’étendard (de bronze) qu’ils portent fièrement pour revendiquer leur culture et leur identité, même si les gens de passages ne retiennent que ces agressifs coups de Klaxons, que les automobilistes du 49 leur assènent, comme un affront qui dit: attention, étranger, ici c’est l’Anjou!

 

Clic Clac Topette, le petit angevin qui découvre l’histoire angevine au travers des vielles cartes postales et de son appareil photo.

La chronique radio de Clic Clac Topette

Pierre-Benoit —> clicclactopette@gmail.com

Dessin de Mary-lo

 

Tôpette

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