Les clichés historiques de Clic Clac Topette!

Par Pierre-Benoit.

 

Le pont de la Basse-Chaîne est le pont que tout angevin qui se respecte, veut éviter d’avoir à emprunter avec sa voiture, entre 16h30 et 18h30 la semaine.

C’est aussi le pont qui accompagne la carte postale typique d’Angers, avec le château et la Maine qui passe entre ses piles, et ce, depuis le terrible accident du 16 avril 1850… Que beaucoup connaissent comme « le pont qui s’est effondré parce que les soldats marchaient au pas ».

Mais le pont de la Basse-Chaîne révèle encore quelques autres curiosités historiques, puisqu’il y aura finalement eu 3 ponts!

Clic Clac Topette, le petit angevin qui découvre l’histoire angevine, s’arrête quelques instants devant la Basse-Chaîne, pour mieux comprendre comment il est devenu le pont le plus représentatif d’Angers, en même pas 200 ans.

 

Chronique radio de clic clac Tôpette.

Le dernier maillon de la Chaîne.

3 travées, 2 piles en maçonnerie dans la Maine, 8 poutres en béton armé pour une portée totale de 124 mètres, d’une rive à l’autre, avec une portée principale de 54 mètres au dessus des flots… Sexy ou pas le pont de la Basse-Chaîne?

Sans compter sur son trottoir en ciment, ses 4 voies de circulation saturées, de 16h30 à 18h30 tous les jours de la semaine, en provenance de Belle-Beille et de la Doutre.

Un pont routier qui remplit sa fonction de pont.

Le seul point intrigant apparent concerne son nom: Basse-Chaîne.

Pourquoi ce nom?

Simple: Il n’y a jamais eu de pont à cet endroit avant le 19ème siècle, et à l’époque, Angers, comme la plupart des villes, était ceinte d’un rempart périphérique, en pierres, d’une dizaine de mètres de haut, pour se protéger des campagnes et de leurs paysans… Blague! Pour contrôler les entrées et sorties de la cité, et rester clos en cas d’invasions militaires.

Au niveau de la rivière, c’aurait été compliqué de fermer le passage avec un mur, donc une chaîne était tendue d’une rive à l’autre, pour empêcher les bateaux de transiter si on le décidait. Haute Chaîne en amont, Basse Chaîne en aval.

Problème, à partir de la moitié du 18ème siècle, l’artillerie et les canons sont devenus courants dans les armées, et concrètement, un boulet ou un obus, ça ouvre une brèche dans n’importe quelle muraille, aussi épaisse soit-elle.

Ainsi, les vieilles enceintes médiévales ont été progressivement remplacées (après la Révolution) par de grands et larges boulevards, pour favoriser les flux de circulations et d’échanges commerciaux.

Un premier essai de pont est fait en lieu et place de l’ancienne « basse-chaîne ».

Une méthode peu éprouvée, de construction en pont « suspendu » qui va coûter la vie à plus de 220 militaires bretons le 18 avril 1850.

La catastrophe

Il y a dans la culture populaire angevine, une histoire qui traîne depuis des générations, sur la catastrophe d’un pont, qui s’est écroulé au passage d’un régiment militaire, qui, marchant au pas, a fait entrer le pont en résonance (une plaque commémorative le rappelle en rive gauche).

En gros, le fait que tous les soldats tapent du pied au même instant sur la même surface, aurait amplifié les mouvements du tablier du pont, et le faire se balancer de plus en plus fort; un peu comme donner la bonne impulsion au bon moment sur un trampoline.

Cette histoire est même connue dans la France entière! Autant un parisien peut regarder la Maine en s’exclamant « Oh la Louère! » autant il peut connaitre l’histoire de cette catastrophe.

Et cette catastrophe a eu lieu ici, sur le pont de la Basse-Chaîne!

Au matin du 16 avril 1850, un régiment militaire en provenance de Bretagne, doit passer le pont d’Angers pour rejoindre plus loin, le port de Marseille, et embarquer vers l’Algérie.

Arrivés devant l’ouvrage, l’ordre est donné de rompre le pas (contrairement à la légende) et la troupe s’engage.

Mais ce jour là, c’est grosse tempête, et bien que la structure ne date que d’une bonne dizaine d’années, elle est déjà très dégradée…

À peine arrivés sur l’autre rive, des câbles oxydés et rouillés cèdent, et le tablier s’affaisse dans la Maine avec le régiment tout entier.

Ironie du drame, il s’agissait du 3ème bataillon du 11ème régiment d’infanterie LÉGÈRE…

Quelque peu en lien avec l’histoire militaire angevine, il y a le musée du Génie.

Pourquoi ce pont s’est-il écroulé?

Manque d’entretien à coup sûr! Et structure peu fiable en comparaison de l’importance des passages.

Dès le départ, 3 choix s’offraient à la municipalité: Un pont métallique, un pont en pierres, ou bien un pont suspendu, c’est à dire sans piles, avec un tablier tenu au dessus du vide, tendu par des câbles sur des pylônes de chaque côté.

Cette option était de loin la plus économique, mais évidemment pas la plus adaptée pour franchir la Maine au pied du château…

Cette fois, on va construire un pont en pierres, comme celui des Ponts-de-Cé, fraîchement réalisé. Mais celui de la Basse-Chaîne ne fera manifestement toujours pas l’affaire, puisqu’il est aujourd’hui disparu.

Dynamite et voiture

Le pont number two, reste quand même celui qui aura duré le plus longtemps: 104 ans ! Et tout s’est relativement bien passé pour lui jusqu’à la 2ème Guerre-Mondiale…

Dès l’accident de 1850, il faut reconstruire un pont. Celui-ci met 6 ans pour relier rive droite et gauche de la Maine.

Pour info, la rive droite ou gauche sont celles qui accompagnent la direction du cours d’eau vers la mer (son aval). Par exemple la rive droite de la Maine c’est la Doutre, parce qu’en allant vers la Loire (puis vers l’océan Atlantique) la Doutre est à droite.

Par contre si une gabare remonte la Maine vers la Mayenne (son amont), la rive droite reste la Doutre (donc à gauche du bateau)…

Notions simples en apparence, mais qui demandent une bonne maîtrise en géographie et repérage dans l’espace.

BREF! Un nouveau pont en pierres est construit en 1856, et il ne sera détruit qu’en 1960!

Mais alors, pourquoi avoir détruit un pont aussi vieux, alors que celui des Ponts-de-Cé (construit en 1849) est lui, toujours ouvert à la circulation?

Pour trois raisons:

La première c’est que lors de la libération d’Angers, en Août 1944, par les américains, le pont est dynamité par la Wehrmacht (armée allemande) pour freiner l’avancée des alliés avec leurs blindés.

À la limite c’était pas trop grave, parce que les soldats pouvaient quand même passer à pied, et la reconstruction a été assez simple.

Mais, un autre problème est apparu: l’affaissement des piles dans la Maine… Ça ne parait pas comme ça, mais les eaux de la rivière sont très tumultueuses à cet endroit, et surtout, le sol est instable. Deuxième raison donc, la vétusté de l’ouvrage.

Et enfin, troisième et dernière raison: l’automobile, parce qu’en 1950 l’air urbaine d’Angers s’arrête presqu’à hauteur des boulevards (Foch, René, Clémenceau, Carnot etc…) et qu’au delà, c’est la campagne.

Sauf qu’après guerre la population croie à une vitesse phénoménale, et d’immenses banlieues sont construites en périphérie (la Roseraie ou Belle Beille entre autres), et qu’avec chaque nouvel habitant, une voiture l’accompagne.

À ce moment, le vieux pont en pierres qui s’affaisse, ne fait plus l’affaire, et il est décidé d’en construire un nouveau juste à côté.

Oui! Le temps des travaux, il y a eu 2 ponts de la Basse-Chaîne à Angers.

Le 3ème pont de la Basse-Chaîne.

L’ouvrage actuel ne date que de 1960, et n’est pas tout à fait LE pont de la Basse-Chaîne originel.

Après guerre, il faut tout reconstruire, et depuis les années 20, finit le tout métallique, on est passé au tout béton.

D’ailleurs le pont de la Haute-Chaîne était une splendide structure en fonte, semblable au pont des arts de Paris, qui malheureusement a aussi été détruit par les allemands, et reconstruit en béton en 1951.

Mais puisque le pont de la Basse-Chaîne n’est pas autant abîmé que celui de la Haute (qui était entièrement infranchissable), l’on décide d’abord de le reconstruire en attendant la suite.

Et la suite arrive très vite, puisque dès les années 50, l’invasion de l’automobile en ville oblige à élargir le pont pour augmenter le nombre de voies de circulation, qui rappelons le, absorbait tout le trafic en provenance de Nantes, avant la construction de la rocade de Belle-Beille, et des voies sur berges.

Là, un problème se pose pour les constructeurs:

Comment dévier le trafic pendant la reconstruction du pont de la Basse-Chaîne?

Réponse: on garde le pont en pierres pendant qu’on construit l’autre à côté!

Pas bête, comme ça les voitures peuvent continuer à traverser, et dès que le nouveau pont est terminé, on détruit l’ancien.

Donc de 1957 à 1961, pendant 4 ans, il y avait 2 ponts au pied du Château d’Angers.

Et des indices le montre encore! Par exemple près de la cale de la savate, dans le prolongement de l’esplanade Jean-Claude Antonini, il y a une avancée engazonnée dans la Maine: elle est le vestige de la culée en rive droite du pont initial de 1838!

Crédit photo : fabienpoitevin_photographe_49

Encore mieux, sur les cartes de la ville, on peut voir que le boulevard qui descend de la place Monprofit est entièrement désaxée avec le boulevard De Gaulle, le long du château (puisqu’on passe par cette (hideuse?) fontaine aux éléments dorées, avant de rattraper le pont).

Et enfin, pour ceux qui possèdent d’antiques cartes d’Angers d’avant 1960 (comme moi), le pont de la Basse-Chaîne ne correspond pas au tracé des cartes de 2020.

Passionnant cette histoire de pont(s)!

Conclusion:

L’histoire du pont de la Basse-Chaîne est surtout l’histoire des ses 3 ponts. Étonnant de voir qu’un monument de voirie puisse receler d’autant de péripéties, même si la plus marquante est celle du 18 avril 1850, dont la diffusion en masse des gravures de l’accident, aura contribué à inscrire dans l’imaginaire collectif la carte postale d’Angers, avec son château, sa rivière, et son pont de la Basse-Chaîne.

 

Clic Clac Topette, le petit angevin qui découvre l’histoire angevine au travers des vielles cartes postales et de son appareil photo.

 

La chronique radio de clic clac tôpette

Pierre-Benoit —> clicclactopette@gmail.com

Dessin de Mary-lo

Tôpette!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *