Les clichés historiques de Clic Clac Topette!

Par Pierre-Benoit.

 

Destination number one des promeneurs du dimanche et des shootings photo, il n’y a pas un seul de ses rivets qui soit inconnu des angevins.

Ce pont de Pruniers, on l’aime, on l’adore, c’est beau comme on l’aime, c’est presqu’un membre de la famille, un ami, une passerelle de notre beau jardin angevin entre les 2 rives de la Maine.

Pourtant ce n’était qu’un pont ferroviaire banal comme il en a existé des centaines, voire des milliers en France, et rien ne le destinait à être ainsi idolâtré.

Alors pourquoi et comment cet ouvrage « classique » est entré dans l’histoire angevine?

Réponse: par cette journée du 8 août 1944, que vous explique Clic Clac topette!

 

Clic Clac Topette, le petit angevin qui découvre l’histoire angevine au travers des vielles cartes postales et de son appareil photo.

 Chronique radio

 

Le pont des joggers.

Le pont de pruniers, est avant tout, un pont loisir.

Envahit par les joggers du Lac de Maine en fin de journée, occupé par les lycéens du Fresne les mercredis après-midi, franchit par les mamies et les papys de Pruniers qui promènent Toutou, et enfin, mis en scène par les Igers et autres photographes qui s’en servent de spot pour leurs shooting photo, le Pont de Pruniers est vraiment le coin favori des angevins qui veulent se détendre et pratiquer leur loisir.

Pourquoi ce succès?

Certainement parce que le pont est exclusivement piétons et vélos (quoiqu’il y a certains scootéristes qui osent venir faire vrombir, oui! Vrombir, leurs cyclomoteurs) et que son retrait par rapport à la ville, en fait un lieu idéal pour la promenade.

Visualisez: la skyline d’Angers d’un côté, la Pointe de Bouchemaine de l’autre, de vastes étendues vertes de basses-vallées le long de la rivière, des crues exceptionnelles en hiver qui envahissent tout l’espace au pied de la végétation, un coteau splendide en été sans presqu’apercevoir aucunes habitations, sauf de ravissantes maisons à la « Hollywood »…

Idyllique non?

Le pont de Pruniers (qui se trouve à Pruniers (entre Angers et Bouchemaine) comme son nom l’indique) est définitivement un lieu agréable et paisible dans lequel il fait bon se balader, seul ou accompagné.

Pourtant, ce pont tant apprécié des angevins n’était pas destiné à conserver un usage régulier, encore en 2020. Il devrait avoir été détruit ou abandonné, à l’instar de son cousin le pont de Segré, au nord.

D’ailleurs, pourquoi a-t’il été construit ce pont à Pruniers, et à quoi servait-il?

 

Le petit Tchou-tchou de l’Anjou.

Le pont qui enjambe la Maine à hauteur de Pruniers, est un ancien pont ferroviaire, construit en 1908, et qui permettait le passage de la ligne du Petit Anjou, entre Candé et Angers.

Mais qu’était-ce le Petit Anjou?

Pour le savoir, rendez-vous à la gare de la Roche, à Saint-Jean-de-Linières, et portez vous à la rencontre de l’association des Amis du Petit Anjou, ils vous expliqueront tout!

En attendant, voici un très bref aperçu de ce que c’était:

Le Petit Anjou est le nom d’un ancien réseau secondaire de voie ferrée, qui parcourait tout le département du Maine-et-Loire, entre 1893 et 1948.

La ligne qui passe à Pruniers a même survécu encore jusqu’en 1955, entre Angers et Bécon, pour desservir les carrières de granit.

Aujourd’hui il ne reste quasiment plus rien de ce formidable ancêtre du TER qui permettait de relier toutes les petites villes angevines entre elles, en passant par Angers. (l’étendue du réseau ferroviaire actuel dans le département, a tout à envier au Petit Anjou).

Il ne reste plus rien sauf le patrimoine qu’essaye de reconstituer l’association de Saint-Jean-de-Linières, quelques gares ou passages à niveaux, et certains ponts abandonnés.

Abandonnés? Tous?

Non, celui de Pruniers resplendit encore de son éclat vert pastel, et continue de dominer les basses-vallées angevines depuis plus de 110 ans.

Mais pourquoi a t-il survécu au démantèlement du réseau, et comment a-t-il pu continuer de bénéficier d’un entretien régulier?

Simplement pour ce qu’il s’est passé sur son tablier le 8 août 1944, lorsque les américains sont venus libérer Angers.

Le 8 août 1944.

Le 8 août au soir, les américains franchissent enfin la Maine en empruntant le pont de Pruniers, et en y faisant passer leurs chars blindés.

Pourtant, le matin même, ils ignoraient totalement l’existence de ce pont, et il était prévu d’envoyer un tapis de bombes sur Angers pour déloger les soldats de la Wehrmacht.

Alors comment le pont de Pruniers a t-il éviter la destruction d’Angers?

Tout commence le 25 juillet 1944 en Normandie.

Les alliés piétinent et s’enlisent dans le bocage normand, et il leur est toujours impossible de percer les lignes allemandes.

Une offensive d’une ampleur inédite est réalisée du côté d’Avranches, plus de 4000 tonnes de bombes sont larguées sur les nazis, et les blindés du général Patton peuvent enfin s’engouffrer vers la Bretagne, et l’ouest de la France.

L’objectif est simple: prendre de vitesse l’ennemi en rejoignant la Loire avant de remonter sur Caen, et prendre en étau la poche de résistance allemande; Angers est donc désignée comme objectif.

Ainsi le 7 au soir les GI’s (Soldats américains) sont à Saint-Jean-de-Linières. Ils tentent de passer dans la Doutre, mais la Wehrmacht fait bloque et les empêche d’avancer plus. Ils décident d’attendre le lendemain pour contourner Angers par le Sud, au niveau de Bouchemaine.

Mais les allemands font sauter le pont…

À ce moment les alliés écartent l’idée de contourner la ville, et préparent un bombardement en masse sur la cité andécave, avant de s’infiltrer dans ses ruines.

Cette option n’est pas des plus agréables à choisir… Déjà elle ferait beaucoup de victimes, et en plus il faudrait attendre l’aviation.

C’est là qu’une solution totalement inattendue va faire son apparition sous le nom de Louis Bordier, un jeune angevin, qui va indiquer aux troupes américaines l’existence du pont de Pruniers pour franchir la Maine.

La chronique radio

 

Le résistant angevin.

Dès les premiers instants de l’occupation, une résistance a commencé à se faire pour contrecarrer l’autorité des troupes et des administrations allemandes sur le territoire français; aussi en Anjou.

Dans le Maine-et-Loire, comme partout ailleurs, c’est d’abord les communistes ou les patriotes qui se sont regroupés en organisations politico-militanto-mélitaires.

De nombreuses exécutions ont eu lieu à ce propos.

Mais à partir de juin 1944, et même un peu avant, le vent a progressivement commencé à tourner, et les réseaux de résistances se sont musclés et ont grossis.

Dès lors, c’est toute la jeunesse et une majeur partie de la population, qui prend part au combat pour recouvrer la liberté de la France.

Le 8 aout, quand Louis Bordier, faisant parti des FFI (Forces Française de l’Intérieur), apprend avec son camarade Pierre-Yves Labbé, que les passagers d’un autorail en provenance de Candé ont pu franchir le pont de Pruniers à pied pour se rendre à Angers, ils réalisent que ce pont n’est donc pas encore détruit, et qu’ils peuvent peut-être intervenir pour aider les américains.

Ni une ni deux, les deux comparses se portent au camp de Saint-Jean-de-Linières les informer,  et retournent à Pruniers, accompagnés par les GI’s.

En arrivant vers 17h, tout le petit monde peut constater qu’un wagon positionné au milieu du pont bloque la voie. Ce qui explique pourquoi les passagers ont dû terminer leur voyage à pieds!

Mais ce n’est pas juste un wagon, c’est un wagon chargé d’explosifs prêts à péter!

L’occasion est trop belle pour ne pas la saisir, l’assaut est donné, et les alliés traversent le tablier sous un feu nourri par les mitrailleuses allemandes qui se mettent en alerte maximale: Les américains viennent de passer la Maine.

Encore un tout petit effort, et Angers sera libre.

Vidéo

 

Libérés, délivrés.

Ok les américains passent la Maine à Pruniers. En quoi cela aide à libérer Angers?

Rappelons que les allemands tiennent fermement la Doutre et le nord de la ville.

 

Explications:

En s’infiltrant par les plaines de la Baumette devant Pruniers, les américains déstabilisent les défenses ennemies, qui doivent maintenant gérer deux percées sur une distance plus importante.

Mais la prise d’Angers se heurte malgré tout à un impressionnante résistance allemande au niveau de Saint-Gemme. Environ 300 soldats SS sont remontés du sud de la France en renfort pour initialement atteindre la Normandie. Parmi eux, il y aurait des soldats ayant participé aux massacres d’Oradour-sur-Glane…

On comprend mieux l’âpreté des combats sur la rive gauche!

Par exemple, le château du Fresne (actuel lycée) va mobiliser les forces alliées pendant toute la nuit du 8 au 9, et encore la journée entière avant de céder.

Idem pour l’ancien couvent de la Baumette et le polygone du Génie.

Au total plus de 200 morts dans les deux camps, mais avec un avantage certain pour les forces alliées.

Bref, les allemands se retrouvent acculés de toutes parts, et commencent à se replier sur les Ponts-de-Cé, en prenant évidement bien soin de dynamiter tous les ponts du centre ville, avant de se retirer.

Le 10 août en fin d’après-midi, les alliés et les FFI (France Françaises de l’intérieur) atteignent la place du Ralliement, Angers est libérée.

 

Conclusion:

Il serait prétentieux de dire que la prise du pont de Pruniers ait déverrouillée à elle seule le cours de l’opération Cobra entamée en Normandie, et aurait conclue le succès du débarquement du 6 juin 1944.

Mais puisque nous sommes angevins, l’on peut bien se le permettre, puisque l’histoire appartient aux vainqueurs, et que sans l’intervention de Louis Bordier le cours des événements aurait été différent à coup sûr!

Voilà certainement cette fierté angevine qui s’exprime et s’entretient avec le Pont de Pruniers, que l’on ne se lassera jamais de photographier.

 

Clic Clac Topette, le petit angevin qui découvre l’histoire angevine au travers des vielles cartes postales et de son appareil photo.

 

Chronique radio

Pierre-Benoit —> clicclactopette@gmail.com

Dessin de Mary-lo

 

Tôpette !

2 thoughts on “Le pont de la libération

  • Lucie23 avril 2020 at 7 h 19 min

    Article très intéressant ! Merci beaucoup ! Ce pont est un pont que ma famille et moi avons eu de très nombreuses fois l’habitude de fréquenter pour nos balades dominicales 🙂

    (Si je peux me permettre une rectification sur une erreur, il s’agit d' »Oradour-sur-glane »)

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    • LucieTopette12 mai 2020 at 17 h 58 min

      Merci beaucoup pour votre commentaire et vous avez bien fait de souligner l’erreur, c’est corrigé ! 🙂

      Reply

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