Il était d’usage, autrefois, que, le premier dimanche de mai, les jeunes gens plantaient, en quelque point de la campagne, un mai c’est à dire, un tronc de sapin ou de chêne orné de feuillages et de banderoles. Autour de ce mai, garçons et filles se réunissaient chaque dimanche de l’été et dansaient aux sons du violon et de la clarinette. Cet usage a disparu à Montjean vers les années 1888.


A l’occasion de la plantation du mai, les jeunes gens qui avaient assumé la charge de l’entreprise parcouraient la commune pendant la nuit du 1er mai, pour recueillir des œufs destinés au festin d’inauguration.

Ils chantaient aux portes une chanson de circonstance dont le texte variait suivant l’inspiration des quêteurs. En voici une version qui avait cours dans la Varanne de Saint Germain des Près.

 

Entre vous, gens qui dormez,

Réveillez voutre mémoire;

Pensez dans les trépassés

Qui sont dans le Purgatoire.

Il faut prier Dieu pour eux.

Oh ! Dieu, donnez-nous des œufs !

 

 

Oh ! Dieu, donnez-nous des œufs !

Des œufs à la pareille,

Une douzaine ou bien deux.

Pour remplir notre corbeille.

Mettez la main dans le nid,

Ne nous donnez pas d’œufs couis.

 

Si vous voulez ren nous fair’ don,

Baillez-nous la chambirère

Ou la fill’ de la maison (Le vers manque.)

Nous lui apprendrons le jeu.

Oh ! Dieu, donnez-nous des œufs !

 

Nous lui f’rons manger l’anguille,

D’l’anguille à la fricassée,

Et de ce bon loricard

Qui pend à la cheminée :

Nous nous en érons deux à deux.

Oh ! Dieu, donnez-nous des œufs !

 

Si nous avions à boire,

Nous chanterions plus haut :

Les étoiles d’en haut

Nous troublent la mémoire.

Oh ! descendez dans la cave

Et nous donnez du bon !

Tout en disant les grâces,

Nous vous remercierons.

 

Voilà le mois de mai,

La première nuitée :

Nous planterons un mai

Dimanch’ la matinée.

Si vous avez des fillettes,

Faudra nous l’s envoyer :

Dimanche, sur l’herbette,

Nous les ferons danser.

 

Nous tuerons le renard

Qui mange vos poulardes,

Vos poulets, vos chapons

Et vos petites poulettes.

Nous tuerons sans doute,

Puis nous l’écorcherons.

Dimanche, après les vêpres,

Nous nous divertirons.

 

En vous remerciant,

Le maître et la maîtresse,

De ce petit présent

Qu’il vous a plu d’nous faire !

Vos enfants sont petits,

Mais, quand ils seront grands,

Si l’occasion s’en trouve

Nous leux en f’rons autant.

 

A Tout-le-Monde, dans la nuit du 1er mai, les jeunes gens vont, isolément, ou par bandes, attacher des bouquets aux portes des maisons où il y a des jeunes filles. Si une jeune fille a la réputation  de se mal conduire, on orne sa porte de fleurs de choux, parfois même on en jette sur le toit de la maison.

La nuit du 1er mai est spécialement la nuit des sourciers et des voleurs de beurre. La veille au soir, les ménagères ont soin de rentrer à la maison tous les pots, seaux et chaudrons qui, d’ordinaire, restent dehors et l’on n’oublie pas de répandre du sel sur le seuil des étables et sur le dos des vaches laitières.

Cette nuit-là, les sourciers pénètrent dans les étables et ensourcellent les bestiaux; ils trainent la nippe sur les prés et sur les trèfles et les vaches qui en mangent ne donnent plus de beurre; ils arrachent l’herbe aux sourciers partout où ils en trouvent ; ils battent les mêliers dont le bourgeons jonchent le sol le lendemain matin, car il est notoire qu’un baratton de mêlier leur ôte tout pouvoir sur la baratte dans laquelle il fonctionne.

Enfin, c’est un sabbat infernal et les honnêtes gens restent prudemment au lit pour ne rien voir.

 

Tiré du glossaire étymologique et historique  » Des patois et des parlers de l’Anjou  » 1908 Aj Verrier et R. Onillon

Germain et G. Grassin imprimeurs éditeurs

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