Les jeunes gens, par groupes de sept à huit, une dizaine, partaient par la campagne, d’autres faisaient le bourg.

Ils arrivaient à une ferme, s’y arrêtaient et chantaient leur chanson. Toujours ils étaient bien accueillis ; on leur donnait des œufs, tout le monde buvait un bon coup, puis ils allaient à une autre ferme. Toutes étaient visitées pendant la soirée. Ensuite, ils se réunissaient et , quelquefois, dame ! passaient une partie de la nuit à manger quelques œufs, chanter, boire, toujours gais et de bon accord. Le dimanche suivant, ils requéraient le tambour pour inviter tout le monde à aller avec eux manger les œufs recueillis. Venait qui voulait, on en mangeait à toutes sauces, non pas sans boire, assurément, mais, je le répète, avec beaucoup de gaieté. ( Un jour parait-il , il en fût mangé 14 douzaines! )

 

Chanson

La première nuitée,

Du joli mois de mai,

Nous nous somm’z assemblés

Vous n’savez pas pourquoué ?

C’est pour trancher la tête

A ces sorciers maudits

Qui désirent la perte

De tout le bien d’autrui.

 

Le maître et la maîtresse

Très humbl’ nous saluons,

La fille ou la servante ;

Des oeufs nous demandons

Un’ couple de douzaines

Et que ce soient des bons,

Car, pour nous, d’assurance,

Nous somm’ des bons garçons.

 

Si vous avez des filles,

Des fill’ à marier,

faites-les nous connaitre,

Nous les ferons danser,

Dimanche, après les vêpres,

Au son du violon.

Quand ell’ seront contentes,

Nous les ramènerons.

 

Le porteur de bourriches

Qui est ben fatigué,

Et ses pauv’ camarades,

 Qui ne peuv’ plus chanter :

Descendez dans la cave,

Apportez-nous du vin ;

Si les bouteill’ sont pleines,

Nous les viderons ben.

 

La chanson terminée, la maîtresse allait cherche les œufs, le maître, les bouteilles pleines, que tous vidaient avec entrain. Alors, les jeunes gens remerciaient par le couplet suivant, avant d’aller à une autre ferme :

 

En vous remerciant,

La maîtresse et le maître

De ce joli présent

Que vous venez d’nous faire,

Pour vous nous prierons Dieu

Et la Vierge Marie

Afin qu’ils vous conduisent

En son saint Paradis.

 

Tiré du glossaire étymologique et historique  » Des patois et des parlers de l’Anjou  » 1908 Aj Verrier et R. Onillon

Germain et G. Grassin imprimeurs éditeurs

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