La butte d’Erigné

Les clichés historiques de Clic Clac Topette!

Par Pierre-Benoit.

Intro:

Combien d’amoureux sont-ils venus à la Roche de Mûrs pour se glisser un premier « Je t’aime » aux oreilles?

Combien d’Instagramers sont venus saisir le magnifique paysage au dessus de la Loire, et du Louet?

Combien de soirées chaudes de fin d’été ont vu de jeunes gens s’animer autour d’une guitare et d’un feu de camp? (Ou simplement manger un macdo dans leurs voitures, parce que les feux sont interdits par la municipalité, et que l’enceinte JBL a remplacé la gratte.)

Et enfin, combien de personne se sont-elles demandé ce que c’était que cette colonne de 5m de haut qui domine l’esplanade?

Clic Clac topette se propose de vous lire les inscriptions qui accompagnent le monument.

Clic Clac Topette, le petit angevin qui découvre l’histoire angevine au travers des vielles cartes postales et de son appareil photo.

 

Chronique radio ici

Article J’M le Val de Loire

 

La roche de Mûrs.

Question: Où se situe la Roche de Mûrs?

Réponse: À Mûrs-Érigné! Facile.

Question: Comment s’appellent les habitants de Mûrs-Érigné?

Réponse: ….

Plus compliqué!

Bref, à Mûrs-Érigné, il y a la Roche de Mûrs et la Roche d’Érigné, mais à une certaine époque, ce qui s’appelle la Roche de Mûrs était aussi nommée la Butte d’Érigné.

Complexe et pas clair…

Concrètement la Roche de Mûrs, aujourd’hui, c’est une haute paroi rocheuse de 60 mètres de haut qui longe le Louet sur environ 1 km de long. Il y a un restaurant et une salle de spectacles, mais surtout il y a un magnifique panorama sur la vallée de la Loire et l’embouchure de la Maine.

En hiver on est saisie par l’étendue des crues, et en été, on est ébloui de verdure par le triangle vert de Saint-Gemme sur Loire.

C’est un spot idéal pour se balader les soirs d’été.

Il y a également une espèce de parapet en pierres qui permet de contempler le vide en dessous, et il y a, au dessus, une sorte d’arche en béton, dont beaucoup se posent la question de savoir ce que c’est.

Question: qu’est-ce que cette arche en béton à la Roche de Mûrs?

Réponse: c’est la structure d’une ancienne cabane industrielle qui faisait couler du plomb, en profitant du vide, pour fabriquer des balles de pistolets. Elle a fermée en 1914.

Mais l’autre curiosité historique du lieu, c’est surtout le monument en colonne, avec une femme, qui brandit un étendard face au reste de la campagne, en direction des Mauges.

Question: Qu’est-ce que c’est que cette colonne avec une femme brandissant un étendard en direction de la campagne et des Mauges?

Réponse: Un souvenir de la guerre de Vendée.

Oui, la Guerre de Vendée, ici en Maine-et-Loire.

D’ailleurs, un habitant de Mûrs-Érigné, c’est un Éri-mûrois.

 

 

La guerre de Maine-et-Loire.

Contrairement à l’idée reçue collective, la Guerre de Vendée (que le Puy du Fou prend comme thème, et que le département du 85 brandit comme étendard de son l’identité) est un conflit qui a éclaté en Maine-et-Loire, dans les Mauges pour être plus précis, et pour localiser encore plus les faits, c’était aux alentours de Saint-Florent-le-Vieil courant mars 1793.

Et oui, la guerre de Vendée aurait pu s’appeler « conflit angevin ».

Pourquoi et comment la Vendée a tiré la couverture du souvenir de cet épisode de l’histoire de France?

Commençons d’abord par résumer les causes de l’éclatement du conflit, ici dans l’ouest de la France:

La révolution de 1789, ce sont des bourgeois (des bourgs et des villes) qui se sont enrichis grâce à l’émergence du capitalisme, et qui se sont appuyés sur les contestations sociales du pays pour renverser la monarchie. #louisXVI #têteenmoins.

Non seulement les communautés rurales n’ont eu aucunes retombées des bénéfices de ces transformations politiques, mais en plus, les autorités révolutionnaires ont commencé à craindre des retours de flammes chez le peuple, et ont entamé des répressions féroces contre les contestations, notamment avec le reniement du culte catholique. #laterreur

 

Sages et soumis, les paysans, qui composaient le gros de la population, sont restés assez attentistes et observateurs par rapport aux évènements, sans s’imaginer un seul instant mettre à mort la révolution.

Mais un beau jour de mars, après avoir coupé la tête du roi, la République appelle tous les jeunes gens à venir tirer au sort pour savoir qui partirait se battre aux frontières, quitte à se faire tuer pour la patrie.

La coupe est pleine, et l’accumulation de toutes les injustices, monarchiques et républicaines confondues, se décharge sur les gardes nationales venues faire appliquer la conscription.

Le feu est vite éteint, mais en Vendée, pardon en Anjou, le brasier est hors de contrôle et se diffuse à tout le sud de la Loire, Loire-Inferieure (=Loire-Atlantique) Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, et Vendée.

La république désigne désormais son ennemi de « vendéen ». (beaucoup plus esthétique linguistiquement parlant, que loire-inferieurien, maine-et-loirois ou deux-sevriote).

 

Plus d’information avec ce magnifique site internet

 

L’État-Major.

Peu importe la sémantique, ce qui compte c’est qu’une horrible guerre civile déchire cette partie là de notre si bel Anjou, et que la Roche de Mûrs se retrouve, elle aussi, coincée par cette ligne de front intérieur.

Mais pourquoi ici précisément, sur ce qui s’appelait à l’époque « la Butte d’Érigné »?

Faisons un peu de géographie.

Le territoire insurgé s’appelle « Vendée militaire » et longe la Loire entre Angers et Nantes pour s’étaler jusqu’à peu près la Roche-sur-Yon et Thouars.

Angers est donc à l’extrémité des agitations, et encaisse tour à tour les excursions royalistes puis républicaines, puis royalistes, puis républicaines, puis royalistes, puis etc…

Pourquoi les vendéens ne parviennent-ils pas à s’emparer une bonne fois pour toute de la capitale angevine?

Simplement parce que l’armée royaliste est principalement composée de paysans qui se sont mis sous les ordres d’anciens petits nobles locaux, et qu’une fois l’opération militaire réalisée, ils s’en retournent tous chez eux, et dans leur champs, pour continuer les travaux agricoles. Ce qui laisse le loisir aux bleus (les soldats de la république) de venir reprendre possession des villes fortifiées, comme Angers l’était.

Aussi, le seul pont et point de passage sur la Loire à l’époque, se trouve aux Ponts-de-Cé.

Ce qui fait que courant juillet, après avoir réinstallé leurs quartiers en ville, les généraux républicains décident de positionner des avant-postes au sud, pour couper la route aux vendéens en cas d’éventuelles, et probables, contre-attaques.

Bourgeois est en faction à la Roche de Mûrs, avec 800 hommes environs. Il a installé son État-Major en bas de la butte, près du hameau du Ruau, sur la route de Denée.

Malheureusement pour lui, il commande la troupe des Lombards, et cela va presque lui coûter la vie (en tout cas lui gâchera sa postérité).

Il y a un comité républicain à Mûrs-Érigné.

 

Le 26 juillet 1793.

Comme on l’a vu, la république est en mal d’effectif pour ses armées.

Elle recrute comme elle le peut, la où elle le peut.

Les lombards, qui sont placés sous les ordres du commandant Bourgeois, sont de simples parisiens.

Enfin simples, non! Ce sont des racailles des faubourgs (ancêtres des banlieues) qui baignent dans la délinquance (peut-être des vols de charrettes?) Et pour les motiver à rejoindre les rangs, mais surtout à y rester, et éviter d’avoir besoin de refaire des recrutements, la république leur propose non seulement une prime d’engagement, mais aussi une prime encore plus importante pour leur retour du front!

Ce qui devait être une vraie bonne idée, sera finalement une fausse bonne idée.

Indiscipline, insolence, crasse et grossièreté font le quotidien de cette troupe qui stationne et attend sur la Roche de Mûrs.

Le commandant ordonne, mais les ordres sont très difficiles à faire respecter.

Les vendéens eux arrivent, villages par villages, au travers des Mauges et la bataille s’annonce imminente, mais les Lombards semblent ne pas y accorder une très grande importance.

Ainsi, le 26 juillet quand les premiers coups de canons royalistes retentissent, la mauvaise troupe républicaine s’affole et s’éparpille dans le désordre.

Bourgeois crie, essaye de rassembler les forces, mais rien y fait, la panique est totale et les vendéens progressent sur la Roche de Mûrs, jusqu’à coincer leur ennemi en haut de la falaise.

Ennemi, qui n’a pour le moment tiré aucuns coups de feu, et qui n’en tirera certainement aucuns.

Le commandant comprend que la bataille est fichue et qu’il risque d’être prisonnier… En 1793, l’on étaient persuadé que les vendéens mangeaient les cadavres républicains!

Voilà peut-être ce qui motive un premier Lombard a se laisser glisser le long de la haute paroi rocheuse. Un camarade l’imite, puis un autre, et un troisième etc… et c’est tout le bataillon qui coule contre la roche de Mûrs pour tenter de sauver sa peau.

Le Commandant Bourgeois n’en revient pas, ses hommes lui font défection et le laissent seul, sans d’autre choix que de se cacher, et d’attendre que les vendéens rebroussent chemin pour, lui aussi, traverser le Louet et la Loire à la nage et rejoindre les généraux aux Ponts-de-Cé.

Il faut quand même préciser que les royalistes étaient près de 10 000, alors que les républicains 800, mais ce qui est encore plus intéressant, c’est de constater que les rapports de 1793 évoquent la lâcheté du bataillon et font état d’environ 88 morts… Bien loin des 600 annoncés par le monument!

 

Le souvenir de 1889.

Le monument d’Érigné date de 1889.

Comment passe t-on de 88 à 600 morts à la Roche de Mûrs en moins de 100 ans ?

L’oeuvre est réalisée sous la III ème République, qui est en fait la 1ère véritable république en France depuis le fiasco de la chute de la Monarchie, en 1792.

Et cette IIIème république, créée juste après la capture de l’Empereur Napoléon III, vit avec le souvenir de l’humiliation par les prussiens, qui non seulement ont envahit le territoire, mais ont en plus fait sacrer leur Empereur Guillaume à Versailles. Quelle souillure!

Aussi, après plus de 80 ans de changements de régime politique, le pays aspire à une période de stabilité en s’unifiant derrière les valeurs républicaines, et tenter d’effacer l’affront des prussiens.

C’est précisément cette doctrine d’État qui va favoriser l’émergence de la première guerre contre l’Allemagne en 1914.

La Roche de Murs contribue à fixer ce dogme politique.

En effet, 1889 célèbre le centenaire de la Révolution française, et non l’évènement du 26 juillet 1793.

L’érection d’un monument ici, vise à honorer les bravoures républicaines, et non royalistes, quitte à travestir quelque peu les faits, en passant de « 88 morts qui tentaient de fuir pour sauver leur peau, et toucher une jolie prime de retour » à « …la gloire des 600 soldats parisiens morts pour la défense de la patrie »

L’histoire appartient aux vainqueurs, et il est vrai que pour ce qui concerne les troubles de 1793, l’histoire a surtout voulut retenir que les vendéens c’étaient des méchants, et les républicains des gentils.

Évidemment, les faits sont un peu plus complexes que ça, et méritent d’être mis en contexte pour être mieux analysés.

 

Conclusion:

Même arrangée et remastérisée, cette fausse mémoire républicaine qui enveloppe la Roche de Mûrs a au moins un mérite: celui d’évoquer un passé historique sur place.

Combien d’amoureux, d’instagramers, de pilotes de drones ou de jeunes en soirée, auraient pu savoir que la Roche de Mûrs était un haut lieu de l’histoire angevine, sans ce monument?

Clic Clac Topette, le petit angevin qui découvre l’histoire angevine au travers des vielles cartes postales et de son appareil photo.

 

Chronique radio ici

 

Pierre-Benoit —> clicclactopette@gmail.com

Photo Dr.icee

Dessin LR créations

 

Tôpette !

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